Qui contrôle la masse monétaire ?

La masse monétaire désigne l’ensemble des moyens de paiement circulant dans une économie à un instant donné. Elle ne dépend pas d’un acteur unique : banques commerciales, banque centrale et cadre réglementaire interagissent pour déterminer la quantité de monnaie en circulation. Comprendre cette répartition des rôles suppose de distinguer les types de monnaie, les mécanismes de création et les leviers de régulation.

Monnaie fiduciaire, monnaie scripturale et agrégats monétaires

Deux formes de monnaie composent l’essentiel de ce qui circule dans la zone euro. La monnaie fiduciaire regroupe les billets et les pièces, dont la valeur repose sur la confiance accordée par les utilisateurs. La monnaie scripturale correspond aux sommes inscrites sur les comptes bancaires, qui circulent par virement, prélèvement ou carte.

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La monnaie scripturale représente la part dominante de la masse monétaire. Retirer des billets à un distributeur revient à convertir de la monnaie scripturale en monnaie fiduciaire, sans modifier le total en circulation.

Pour mesurer cette masse, les banques centrales utilisent des agrégats monétaires classés par degré de liquidité :

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  • M1 regroupe les billets, pièces et dépôts à vue, utilisables immédiatement comme moyens de paiement.
  • M2 ajoute à M1 les dépôts à terme d’une durée inférieure ou égale à deux ans et les dépôts remboursables avec un préavis court.
  • M3 inclut M2 plus les instruments négociables émis par les établissements financiers (titres de créances, parts de fonds monétaires).

La BCE surveille principalement M3 pour évaluer les conditions monétaires dans la zone euro. Un agrégat qui croît trop vite peut signaler un risque inflationniste futur.

Équipe d'analystes financiers étudiant des graphiques de politique monétaire dans un bureau de recherche économique

Création monétaire par le crédit bancaire

L’essentiel de la monnaie en circulation naît dans les banques commerciales, pas dans les coffres d’une banque centrale. Lorsqu’une banque accorde un prêt, elle inscrit le montant au crédit du compte de l’emprunteur. Cette écriture comptable crée de la monnaie scripturale qui n’existait pas auparavant.

Les banques commerciales créent la monnaie au moment où elles accordent un crédit. Le remboursement du prêt détruit ensuite cette monnaie. La masse monétaire varie donc en permanence, au rythme des crédits octroyés et des crédits remboursés.

Ce mécanisme explique pourquoi le volume de crédit distribué dans l’économie influence directement la quantité de monnaie en circulation. Une hausse des prêts immobiliers ou des crédits aux entreprises fait gonfler M1 et, par extension, M3.

Limites imposées aux banques commerciales

Cette capacité de création n’est pas illimitée. Les banques doivent respecter des ratios de fonds propres fixés par la réglementation prudentielle. Elles sont également tenues de détenir des réserves obligatoires auprès de la banque centrale, proportionnelles aux dépôts de leurs clients.

Quand une banque prête, elle prend le risque que l’emprunteur fasse défaut. Ses fonds propres absorbent ce risque. Plus ses fonds propres sont faibles par rapport à ses engagements, plus le régulateur restreint sa capacité à prêter, et donc à créer de la monnaie.

Rôle de la BCE dans le pilotage de la masse monétaire en zone euro

La Banque centrale européenne ne crée pas directement la monnaie qui circule dans les portefeuilles et sur les comptes courants. Elle produit ce qu’on appelle la « monnaie banque centrale », qui sert aux échanges entre établissements financiers et à l’alimentation en billets.

Son influence sur la masse monétaire passe par trois canaux principaux.

Le premier est le taux d’intérêt directeur. En relevant ce taux, la BCE rend le crédit plus coûteux pour les banques commerciales, qui répercutent la hausse sur leurs clients. La demande de crédit diminue, ce qui freine la création monétaire. L’inverse se produit quand le taux baisse.

Le deuxième canal concerne les opérations de refinancement. La BCE prête aux banques commerciales contre des garanties (titres obligataires, créances). En modulant les conditions de ces prêts, elle contrôle la quantité de liquidité disponible dans le système bancaire.

Le troisième canal, plus récent, repose sur les programmes d’achat de titres. Lors de la crise sanitaire, la BCE a massivement acheté des obligations sur le marché secondaire via le programme d’achats d’urgence pandémique (PEPP). Ces achats injectaient de la monnaie banque centrale dans le système financier, gonflant le bilan de l’Eurosystème.

Révision du cadre opérationnel en 2024

En mars 2024, le Conseil des gouverneurs de la BCE a approuvé des modifications de son cadre opérationnel. La fin des réinvestissements du PEPP, effective fin 2024, réduit structurellement le soutien au marché obligataire. La BCE a également publié en août 2024 des règles harmonisées pour la mobilisation des garanties dans ses opérations de crédit.

Ces ajustements resserrent le lien entre la taille du bilan de l’Eurosystème et l’orientation de la politique monétaire. Concrètement, les conditions d’accès à la liquidité de banque centrale changent, ce qui modifie le canal par lequel la masse monétaire peut croître.

Femme tenant un billet en euros devant la façade d'une banque centrale néoclassique symbolisant le contrôle de la monnaie

Stablecoins et euro numérique : de nouveaux acteurs dans le circuit monétaire

La question du contrôle de la masse monétaire se complique avec l’apparition de monnaies numériques privées. Le stablecoin en euro EURC, émis par Circle, a dépassé les 400 millions d’euros d’encours. Ce montant reste collectivement inférieur à 0,01 % de la masse monétaire M2 de la zone euro, qui dépasse 16 000 milliards d’euros.

Leur poids actuel est marginal, mais leur croissance rapide pose une question de gouvernance. Si des stablecoins privés captaient une part significative des paiements, la capacité des banques centrales à piloter la masse monétaire pourrait s’éroder.

C’est l’une des motivations du projet d’euro numérique porté par la BCE. Un euro numérique de banque centrale offrirait un moyen de paiement électronique garanti par l’institution publique, sans dépendre d’un émetteur privé. Le cadre réglementaire européen sur les crypto-actifs (MiCA) vise parallèlement à encadrer les stablecoins pour éviter qu’ils ne fragilisent la transmission de la politique monétaire.

Le contrôle de la masse monétaire reste donc un équilibre entre plusieurs forces. Les banques commerciales créent la monnaie par le crédit. La BCE fixe le prix et les conditions de la liquidité. La réglementation prudentielle limite les excès. Les monnaies numériques privées ajoutent une variable que les autorités monétaires cherchent encore à intégrer pleinement dans leurs outils de pilotage.

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